Vous avez acheté une Formation ? Ou bien une Explication ??…

Vous avez acheté une Formation bien une Explication ??...

08H40 : Julie est la première arrivée. Elle s’installe à la meilleure place, face à l’écran et surtout face au pupitre du formateur. Elle se dit qu’elle a bien fait de s’inscrire à cette session, que développer enfin ses compétences de manager va lui faire le plus grand bien. D’après le programme détaillé qu’elle a sous les yeux, le formateur est un manager expérimenté, un senior qui va certainement partager ses expériences et régaler son audience de nombreuses anecdotes ! Le management c’est forcément travailler sur l’Humain et du coup, ça risque d’être très vivant. Une super journée de formation en perspective !
 
08h55 : Les stagiaires sont tous là, les ordinateurs portables sont branchés, les “nominettes” sont en place, tout le monde a pris le temps de se servir un petit café et de faire connaissance. Tout le monde est arrivé, tout le monde est prêt… Sauf le formateur qui n’a pas encore pointé le bout de son nez ! Ca commence à “urger”, en théorie la formation débute à 09h00 !
 
09h07 : Le visage dégoulinant de sueur, le formateur débarque enfin. Tout en expliquant qu’il a été retardé par les grèves, il déballe son ordinateur portable et s’énerve, il n’arrive pas à remettre la main sur son adaptateur VGA / HDMI, perdu au fond de sa sacoche. Pendant qu’il branche son laptop il demande aux participants de commencer le tour de table, nom, rôle dans leur entreprise et attentes. C’est vite expédié, il n’a pris aucune note et ne s’est pas présenté (il est encore en train de faire la mise au point du projecteur)
 
09h13 : Enfin prêt, pile de quiz et de feuilles d’évaluations bien alignés sur le coin de son bureau, les yeux rivés sur sa toute 1ère diapo, le formateur entame sa formation…. Et très vite Julie réalise que ce n’est pas un formateur qu’elle a en face d’elle, non..
#PasDeBol, c’est un “Explicateur” qui va donc se livrer à une Explication de 7 heures !
#Explicateur ?? Kézako ?? Pour bien comprendre de quoi on parle ici, une petite comparaison s’impose :
 
Un #explicateur en pleine action, ça ressemble à quoi ??
 
Romain est un parfait exemple d’explicateur, il stresse énormément avant chaque animation (heureusement il n’en n’a pas souvent, peut-être deux fois par mois, grand max) et cherche avant tout à remplir sa journée… Surtout, surtout, éviter les trous, les silences, surtout éviter les moments de flottement qui peuvent “mal tourner”. 
Il parle vite, évite de regarder les stagiaires dans les yeux et compte sur ses – très nombreuses – diapos pour apporter de la valeur à ses interventions – et d’ailleurs il n’utilise pratiquement jamais de paper-board. 
Son support, son QG c’est le Power-Point et avec ses mots il le complète, son Power-Point. Heureusement que ça existe, Power-Point.
Il répond aux questions qu’on lui pose de manière un rien automatique – que malheureusement les stagiaires se mettent à poser des questions, c’est inévitable. Ou alors il élude.  Mais les participants ont vite pris le pli d’aller chercher en live toutes les informations qui leur manquent directement sur Google.
Heureusement que ça existe, Google.
Pour revenir à Romain, il évite aussi les digressions qui lui font perdre le fil de son exposé. Et quant aux anecdotes, il n’en n’a pas des masses et c’est un peu normal, il n’est pas un praticien de son sujet de formation.
Par contre il adore les pauses, surtout quand elles se prolongent. Ca lui permet de traiter ses mails et de faire une pause cigarette.
 
Bon, et maintenant, un #formateur en pleine action, ça ressemble à quoi ??
 
Robin est bon exemple de formateur. Lui aussi stresse énormément avant chaque animation, mais c’est par souci de passer à côté des véritables attentes de ses stagiaires. Parce que ce qui l’intéresse surtout, lui, ce n’est pas son contenu, c’est ce que ses participants souhaitent en retirer d’une part ; et doivent en retirer d’autre part. 
Son tour de table dure longtemps, c’est fait exprès. Il creuse en posant de nombreuses questions et note toutes les attentes dans le verbatim du participant qui les a exprimées. Et les réaffichera en fin de formation pour vérifier avec ses stagiaires si elles sont ou non satisfaites.
 
Pendant la journée, il sait que ce qui est rare est cher, alors il parle lentement. Et quand il parle, c’est plutôt pour poser des questions. En vrai pédagogue, il sait expliquer, mais d’abord il challenge avec des questions, il fait réfléchir, il amène ses stagiaires sur des pistes, des bonnes et de mauvaises. Il les regarde beaucoup, ses stagiaires, il veille à sonder leur regard avec régularité pour “sentir” les freins, les questionnements, le questions – et les traiter de suite. 
Et puis enfin, quand le sens est posé, alors il explique.
Et il est capable d’expliquer en commençant par n’importe quel bout, n’importe quel point de détail. Du spécifique il développe vers le général, et l’inverse du général vers le particulier il sait le faire tout aussi bien. Et il explique avec une forte intensité, il habite littéralement son sujet et on sent chez lui une forte volonté de transmettre, et toujours dans la bienveillance.
Et puis il multiplie les digressions, Robin, il adore cela. Il raconte, il démontre, il amène les participants à co-construire avec lui son storytelling… Mais rien n’est gratuit, rien n’est fortuit. Robin sait exactement quels sont les points clé de son séquençage, et ils seront plus qu’abordés, ils seront démontrés, justifiés. Ce sera fluide et logique. Et puis ce sera passionnant, on ne verra pas la journée passer !
 
Vous voyez l’idée, vous voyez l’intérêt de choisir un formateur, un formateur qui anime une formation et non une (longue) explication ? 
Pour info le risque de tomber sur un #explicateur est nettement plus élevé si :
  • Le taux journalier tourne autour de 300 € (un formateur ne peut pas vivre avec ça, à moins à la rigueur d’animer absolument tous les jours mais ce n’est pas humainement tenable sur la durée)
  • Vous choisissez la formation via une “plateforme” X ou Y spécialisée dans la “recherche et la sélection des meilleurs formateurs ou coach” et qui se contente en fait de faire du courtage de masse.
  • Vous faites appel aux plus grosses boîtes de formation sur le marché et qui en général paient-leurs-intervenants-au-lance-pierre pour maximiser leurs marges
  • Vous achetez la formation auprès d’une CCI ou équivalent qui paie-ses-intervenants-au-lance-pierre en espérant réussir à survivre dans un monde où les subventions gouvernementales se font de plus en plus rares.
  • Le formateur sort tout juste des études. Bon mais là vous me direz, « cela dépend » : on peut être junior et être déjà un excellent formateur. Mais perso il m’a fallu des années de pratique pour devenir un formateur potable.
  • Vous achetez la formation auprès d’une entreprise dont la formation n’est pas réellement  le coeur de métier (par exemple un éditeur de logiciel qui propose aussi la formation sur ses produits)
  • Vous cédez aux offres qui abondent sur Facebook et qui promettent des résultats miracle tout  de suite, et qui débutent le plus souvent par un webinaire gratuit et/ou un ebook à télécharger (hum)
  • Le formateur qui avait été prévu n’est plus dispo et se trouve remplacé in extremis par le petit nouveau qui ne connaît pas vraiment son sujet, sans parler de le maîtriser…
En conclusion : 
 
Le métier de Formateur, ce n’est pas rien. Former c’est tout un art, celui de transmettre. Et pour transmettre il faut connecter ses stagiaire, les animer, les sonder en permanence, non-verbal inclus, y mettre énormément d’intensité et d’énergie. 
Un bon formateur est forcément totalement vidé en fin de journée, c’est qu’il a bien fait son boulot. Un explicateur par contre est encore frais comme un gardon, c’est normal il est resté centré sur son contenu. #PasPareil
L’objectif est de faire évoluer le regard des participants sur le sujet de la formation, à terme amener les amener à changer leurs habitudes “pour de vrai” ; c’est LA condition sine qua non pour générer du résultat.
Et pour y arriver il faut du solide, tout un ensemble de techniques, de réflexes, de comportements ;  et surtout d’attitudes. Du  savoir-faire oui, mais aussi et surtout du savoir-être. Et même – soyons fous – du DEVOIR-être.
 
On pourrait penser qu’il y a de plus en plus de formateurs dans notre monde du travail (cf. ici la réforme de la formation professionnelle qui est en cours et qui fait des dégâts) ; mais en fait non : ce sont ce que j’appelle les explicateurs qui prolifèrent. 
Les formateurs, quant à eux, sont en voie d’extinction…
 
Et donc, je vous le demande, faites appel à des formateurs, et non à des explicateurs ;))