La Civilisation des Micro-Gestes

Peinture Lascaux Mains - Infrarouge

Notre vie professionnelle, mais également notre vie personnelle, a changé dramatiquement ces deux dernières décennies : Elles sont désormais remplies de micro-gestes. Que je m’explique : Dans le passé, mettons avant les années 1995-2000, une journée de travail type comprenait une série de tâches et d’actions qui toutes se caractérisaient par deux points précis :

  • Un temps accordé à la tâche généralement conséquent. Comme par exemple, deux heures à plancher sur le dossier X ou Y ; ou une demi-heure à répondre au client untel. Et en plus par courriel postal.
  • Un niveau de concentration significatif. Pour être efficace durant les deux heures que je consacre au dossier X ou Y, il faut que je ne fasse que ça, j’y suis tout entier, pleinement concentré. Je fais en sorte, et ce n’est pas un problème parce que tout le monde fonctionne de la même manière, de n’être parasité par rien d’autre, donc je ferme la porte de mon bureau, et je coupe la sonnerie de mon téléphone, ce gros objet beige posé sur mon bureau.

Et donc, par exemple quand on déjeunait avec tel client, cela prenait généralement du temps, et on ne faisait que ça : Déjeuner avec le client. Et de toute façon, loin du bureau et de ses outils / ressources (téléphone, ordinateur fixe, fax) on ne pouvait faire grand-chose d’autre. Et c’était tant mieux pour le client  en question, il avait toute notre attention. Heureux homme.

Mais aujourd’hui, et en fait de plus en plus depuis l’avènement des smartphones et de leurs écosystèmes, et plus largement depuis l’apparition des réseaux sociaux et du BYOD, Bring Your Own Device) nos journées de travail – et même carrément nos journées tout court – prennent la forme d’une succession de micro-tâches – de micro-gestes – généralement réalisés par le truchement de nos chers écrans tactiles. Des tâches qui durent en moyenne 30 secondes, souvent beaucoup moins. Des tâches que l’on ne peut s’empêcher d’exécuter, elles sont devenues notre addiction collective. Des exemples ?

  • Consulter nos textos – et forcément y répondre
  • Consulter nos mails – et forcément y répondre
  • Consulter le mur Facebook – et forcément liker ce qui DOIT être liké
  • Consulter notre fil Twitter (et tiens, les nouveaux abonnés, c’est qui lui, allons voir…)
  • Consulter la messagerie LinkedIn – Et maintenant Pulse
  • Consulter la météo, les news…
  • Consulter …. toutes ces notifications propres à toutes ces applications qu’on a pu installer, et qu’on n’a pas encore décidé de supprimer…
  • Etc.

Et nous voici donc avec nos journées hautement saucissonnées… Même les appels téléphoniques se font courts. 

Journée de travail X ou Y VS Baby Boomers

Et comme le montre clairement l’illustration (source : www.blog-emploi.com), non seulement nous sommes désormais des zappeurs compulsifs, à peu près incapables de passer 30 minutes sur une tâches sans penser – et donc sans céder – aux mails à vérifier, à telle ou telle notification… Mais en plus nous mêlons sans cesse vie personnelle et vie professionnelle, tout se mêle et s’entremêle.

Et quant au déjeuner client évoqué plus haut, sa version 2016 a de fortes chances de ne mener nulle part, faute de véritable attention, donc d’empathie, donc de lien véritable. Mais qu’importe, puisqu’on peut toujours le RT (ReTweeter) un peu plus tard dans la journée. 

C’est bien ? Ce n’est pas bien ? Allons-nous malgré tout conserver un bon niveau d’efficacité au travail ? Je n’en sais trop rien. Je me contente d’observer et de commenter.