La biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson : Ce qu’il faut en retenir

biographie Steve Jobs par Walter Isaacson quil faut retenirIl est 2h05 du matin, je referme la biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson. Le livre est de ceux qu’on peut aisément qualifier de ‘pavé’, il fait plus de 600 pages. Mais je l’ai terminé en 4 jours, je me suis régalé !

C’est vraiment un bon bouquin, ce n’est pas la 1ère bio de Steve Jobs que je lis, mais cette version surpasse de loin celles qui l’ont précédé. Pourquoi ?

D’abord évidemment parce qu’elle couvre la totalité de la – riche et spectaculaire – existence de Steve Jobs ; ensuite parce que l’ensemble s’avère très documenté. L’auteur a visiblement pris le temps d’investiguer en profondeur, de recueillir les témoignages des uns et des autres, de tous ces personnages (entre autres évidemment Bill Gates, Steve Wozniak…) qui ont gravité et/ou qui ont été victimes du ‘phénomène’ Jobs. Il a également eu accès à son sujet à de très nombreuses reprises, sur plusieurs années, souvent dans un cadre intime.

Le portrait permet au final de mieux saisir Steve Jobs, dans ses nuances, dans ses contradictions. Et, si l’on pouvait craindre une certaine complaisance (car après tout il s’agit de LA bio officielle autorisée), ce n’est pas du tout le cas : On sent bien au contraire la volonté d’Isaacson de dépeindre Steve de manière objective, jusqu’à nous le faire paraître parfois carrément odieux. D’autres fois profondément touchant.

Et donc, si malheureusement vous ne disposez pas d’assez de temps en cette période des fêtes pour vous plonger dedans, je me suis permis de rédiger ce billet afin de partager avec vous les points à retenir :

  • Steve a révolutionné, attention les yeux : La micro-informatique (avec l’Apple II il a inventé l’ordinateur pour tout le monde), le monde de l’animation (Pixar, c’était aussi Steve Jobs), la vente de techno au détail (les Apple Stores), le marché de la musique (iTunes et l’iPod), le monde de l’édition (l’iPad pour consommer de l’écrit)… Wow.
  •  Steve, qui fut en passant un hippie total, pieds-nus et crasseux, durant la première moitié des années 70, était curieusement totalement intransigeant. Il n’acceptait aucun compromis, surtout s’agissant des produits Apple qu’il voulait ‘grands’, dût-il pour cela pousser ses équipes jusqu’à l’épuisement total ! Il disait toujours en face très exactement ce qu’il pensait de ses interlocuteurs. Une caractéristique vraiment rare chez les gestionnaires, vous en conviendrez.
  • Steve avait un sérieux problème avec la bouffe. Il ne cessa, tout au long de son existence, de pratiquer des diètes bio extrêmes ; par exemple durant des semaines il pouvait ne consommer que des pommes, ensuite il passait au jus de carottes… Bien entendu il ne buvait pas, il ne fumait pas. Il marchait, par contre, et beaucoup. Il adorait négocier en marchant. Pieds nus si possible.
  • Jobs était un manager radical, atypique, affligé (doté ?) d’un jugement binaire : Il classait ses collaborateurs – et l’ensemble de ses contemporains – en 2 catégories : Il y avait les génies, et puis il y avait les nuls. Les moins bien lotis se retrouvaient définitivement dans la 2ème catégorie (par exemple Gilbert Amelio, l’infortuné et très transitoire PDG d’Apple en 1996-1997), ceux qui s’en sortaient mieux pouvaient être des nuls le matin, puis des génies l’après-midi… Enfin, quelques heureux élus (entre autres Steve Wozniak, le génial programmeur cofondateur d’Apple ; plus tard son chef designer Jonathan Ive) faisaient partie des génies, point.
  • Mais Steve était aussi un être hyper-sensible. Au fond, de ce point de vue c’était un véritable artiste, avec d’immenses antennes dressées pour ‘capter’ son époque ! D’ailleurs pour lui Apple devait se situer à la confluence exacte de la Technologie et des Arts. Personnellement je pense que Steve Jobs aurait très bien pu devenir un grand designer, ou un grand musicien : Il adorait la musique, il vouait un culte tout particulier à Bob Dylan.
  • Steve Jobs se fiait d’abord et avant tout à son intuition, son approche du marché était la plupart du temps franchement irrationnelle. Par exemple les études de marché représentaient pour lui une perte de temps. …Une citation de Henry Ford à laquelle il recourait parfois : ‘Si j’avais demandé à mes clients ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu ‘Un cheval plus rapide’… Le meilleur exemple d’une intuition Jobs pur-jus ?? L’iPad ! Combien d’observateurs ont affirmé à son lancement qu’il ne répondait à aucun besoin, que c’était simplement un ‘iPod Touch gonflé aux stéroïdes’, que Jobs allait cette fois se planter ? On voit ce qu’il en fut finalement, pari gagné, et pas à moitié ! Si ÇA, c’est pas une Vision… !
  • Steve ne s’intéressait pas à l’argent, enfin pas vraiment. Ce qui le motivait en priorité, c’était le besoin impératif qu’il éprouvait d’élaborer et d’offrir de ‘grands produits’, pensés dans les moindres détails, foncièrement design (extérieur ET intérieur !) et en avance sur leur temps. Pour créer de ‘grands produits’ il fallait intervenir en synergie sur tous les fronts, faire travailler les ingénieurs en même temps que les designers, les designers en même temps que la production, etc. Tout un défi. Très peu d’entreprises techno sont capables de travailler de cette manière. Il fallait également – et pour lui c’était capital – développer en harmonie le ‘hardware’ (ce qui est physique, comme le boitier, l’écran, etc.) et le ‘software’ (la partie logicielle) Bref, il tenait à une approche 100% intégrée.
  • Jobs se voulait le défenseur des systèmes fermés et intégrés pour garantir à l’utilisateur la meilleure expérience (meilleure = sensorielle / jouissive, simplifiée au maximum, fiable) possible. Il estimait que cela valait bien une liberté un tantinet restreinte. À l’inverse, un Bill Gates opta quant à lui pour les systèmes ouverts. Son Windows fut offert en licence à des dizaines de constructeurs, avec le succès qu’on connait. Android (que méprisait Jobs) est aussi un bon exemple de système ouvert. Le problème des systèmes ouverts ? Le manque de contrôle qui génère de multiples versions, par forcément élégantes, parfois buggées, souvent dévaluées…

…Voilà pour l’essentiel…

Et vous, si vous l’avez lu, que pensez-vous de ce bouquin ? Des idées que j’aurais pu omettre, et que vous rajouteriez bien à ma liste ?

PS : D’autres critiques du livre ici, ici aussi sans doute, et enfin ici. Et à plein d’autres places, certainement 😉