Et alors, le Mobile Learning / Micro Learning en formation, cela donne quoi ??

alors, Mobile Learning Micro Learning formation, cela donne quoi

Vous avez remarqué ? Le temps dévolu à la formation se réduit comme peau de chagrin. 
 
Ou plutôt, ce n’est pas le temps total de formation par personne qui se réduit, c’est plutôt la durée des sessions de formation. La durée unitaire de formation.
 
Mais avant d’aller plus loin, en l’occurrence aborder plus en profondeur cette question de la pertinence du Mobile Learning (ou du Micro Learning), petit flashback pour bien cadrer notre sujet : 
 
Dans le passé, par exemple dans les années 80, une formation en entreprise se faisait forcément sous forme de présentiel, et elle durait le plus souvent plusieurs jours. Mon ancien boss Jean-Pierre Lemaître, chez Mercuri International, qui animait déjà à l’époque, me disait qu’une formation classique en Techniques de Vente ou en Management des Ventes,  c’était 4 jours. Consécutifs. Et que tout le monde trouvait cela normal. Ben oui, apprendre, cela prend du temps. Non ? Nous y reviendrons…
 
Ensuite, est apparu le Web, et avec lui, rapidement, mettons aux alentours de 2004-2005, le e-learning. Ce e-learning qui est aujourd’hui utilisé de manière courante (massive ?) pour développer les compétences des collaborateurs dans la plupart des entreprises. 
 
Avec le e-learning est vite apparu son corollaire, le “blended learning”. Le principe du blended learning : articuler présentiel ET e-learning. Plutôt une belle idée. 
Du temps de Mercuri International (fin des années 2000), voici comment en 2007 je “vendais l’idée” de recourir au blended learning :  “Avec le blended learning, l’apprentissage est plus continu, le suivi est renforcé, le contrôle est accru”. En gros, avec le blended on maintient la dynamique de formation : Au lieu de subir des hauts et des bas, hein, cette attention et motivation des apprenants qui chute entre chaque séquence de présentiel (et qu’il faut donc relancer au début de chaque “module collectif en classe”),  on obtient une courbe stable, on maintient les stagiaires en posture d’apprentissage …
 
alors, Mobile Learning Micro Learning formation, cela donne quoi
 
Et très sincèrement, le blended learning, je trouvais cela intelligent, pertinent. C’était – et c’est toujours – efficace du point de vue de l’acquisition – durable – des compétences. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’il attribuait à chaque mode d’apprentissage son application la plus logique : Le e-learning était réservé à l’acquisition des points de théorie, ce qu’il fallait savoir ; le présentiel pouvait quant à lui se concentrer sur les aspects plus complexes : la compréhension fine, l’application dans la réalité professionnelle de l’apprenant. Et surtout le savoir-être.
Exemple concret : En e-learning on apprend par exemple les différentes étapes d’un processus de vente ou les différents types de questions que l’on peut poser à un client. Et en présentiel on voit – et surtout on pratique – comment mettre en oeuvre concrètement une des étapes, par exemple celle de la Découverte. D’un côté j’apprends, de l’autre j’apprends à faire. On passe du savoir au savoir-faire.
 
Et ajourd’hui – usages et possibilités technologiques obligent – apparaissent un peu partout des entreprises qui proposent du Mobile Learning. Voire même du MicroLearning (amis de la Poésie…)
Le principe ? Glisser au sein des habitudes “mobilité” des collaborateurs des séquences de formation. Des séquences adaptées au support, et au contexte réel de l’apprenant au moment où il se forme (debout dans le métro entre deux stations, assis dans la salle d’attente du dentiste, etc.). Donc des séquences brèves, quelques minutes max (3 minutes), avec l’apport de méthodologies issues du monde du Gaming, de la PNL, des neurosciences, du Story Telling, de l’autohypnose, même les techniques qui nous rendent accro aux séries, à Netflix…  On crée une habitude, une familiarité, presque une dépendance.
 
Alors, après avoir testé – quand même – cette approche du Mobile ou du MicroLearning… Et surtout après près de 20 ans d’animation de formations en présentiel (mais j’ai pas mal vendu et orchestré du blended, encore aujourd’hui j’anime couramment MOOC et SPOC) mon humble avis sur la question : 
 
Le Mobile Learning cela peut fonctionner si c’est utilisé : 
  • En complément du présentiel (même logique que pour le blended learning, une logique d’activité en intervalles, entre les sessions présentiel)
  • Pour développer des savoirs, des connaissances théoriques. Se former à l’Histoire de France, à l’orthographe, à la grammaire Anglaise, à la géographie sub-saharienne en Mobile Learning … aux fondamentaux théoriques du Social Selling ? Aucun problème !
  • Avec une population motivée à apprendre, curieuse. Par exemple un indépendant qui finance lui-même sur ses deniers sa propre formation.
  • Et une population évidemment habituée à utiliser des smartphones (vous me direz, c’est le cas de la plupart des gens aujourd’hui)
En revanche le Mobile Learning je n’y crois pas si c’est utilisé : 
  • Tout seul. Se former avec uniquement du Mobile Learning ? Sorry, je n’y crois pas. Le modus operandi est trop “homéopatique”, trop superficiel. Avec le Mobile Learning / Micro Learning, au fond, on se contente essentiellement d’exposer des apprenants à un contenu. Ce n’est pas former ; en tout cas pas vraiment.
  • Pour développer du savoir-être. Ma conviction, c’est que pour impacter suffisamment des apprenants pour qu’ils modifient leur savoir-être, leur attitude, leur posture, leurs croyances profondes, il n’y a que le présentiel. Parce qu’en présentiel, on peut “administrer” des chocs émotionnels ; un formateur en chair et en os peut, par son éloquence, sa pertinence, son approche, son story telling, son empathie, etc. administrer un choc émotionnel (avec bienveillance, hein). Un certain Jean-François Messier m’avait appris, il y a bien longtemps, “qu’il n’y a pas de vrai apprentissage sans choc émotionnel”. Plus j’avance dans mon métier, et plus je comprends qu’il a raison. Un bon formateur, au fond, c’est un maître dans l’art d’administrer des chocs émotionnels. Mais salvateurs, ces chocs 😉
Et en conclusion, pour fermer la boucle avec le titre de ce billet, je crains qu’à force de vouloir former sans y accorder le temps et les ressources nécessaires, en gros à force de vouloir former sans former, on en arrive à… Enfin, bref, vous voyez le tableau.
 
Et donc, amis des Ressources Humaines et de la Formation, vous en pensez quoi du Mobile Learning et Micro Learning ? Déjà testé, mise en oeuvre de manière plus large ? Quels résultats avez-vous obtenus ??